Devoir de rentrée

(Amélie Nothomb – 29 août 2022)

Comme à chaque rentrée littéraire, je ne rate pas le nouveau roman (conte ?) d’Amélie Nothomb. Et souvent, non je dois dire toujours, j’ai beaucoup de plaisir à le lire, même si je dois reconnaître que ses bouquins sont très inégaux et que peu me restent en mémoire. Comme le champagne, thème de prédilection chez Amélie, au moment de la dégustation, ils sont effervescents mais leurs bulles s’évaporent très vite. Sauf quelques titres exceptionnels évidemment, comme par exemple les incontournables Stupeur et tremblements et Hygiène de l’assassin parmi les premiers que j’ai lus ou Soif et Premier sang sortis ces dernières années.

Quand on parcourt les commentaires des lecteurs sur www.babelio.com, on se rend compte combien cette auteure atypique et fantasque déclenche les passions, pour ou contre, amour ou aversion. Plus souvent considérée comme une machine à écrire produite par le marketing littéraire qu’une écrivaine de haut vol, Amélie Nothomb sort systématiquement chaque année à date fixe un roman qui s’il n’est pas toujours génial est cependant à chaque fois surprenant, créatif et écrit d’une plume remarquable. Ah ! le sytle d’Amélie, à la fois désuet et trash, lisse et fluide comme un cygne qui glisse sur le lac de Tchaikovsky ou âpre et tranchant comme un riff de heavy metal. J’aime Amélie d’un amour inconditionnel, même si ce dernier roman que je viens de refermer, Le livre des soeurs (éd. Albin Michel), ne m’a pas ébloui. Le thème déjà, l’amour fusionnel de deux sœurs, ne me touche pas particulièrement mais pourtant les premiers chapitres m’ont agréablement surpris et accroché. Mais au fil de l’histoire de plus en plus décousue, j’ai progressivement galéré pour arriver au point final. Cela dit, ce qui me transporte chez Amélie Nothomb, c’est son écriture unique, magique, sa façon de jongler avec les mots d’hier, d’aujourd’hui et de demain, de les mélanger en un cocktail souvent étrange, de les charger de nouveaux sens, de leur donner une âme. Tout simplement de les aimer et de les faire aimer. De plus en plus rare en cette époque d’écriture de raps râpeux ou de textos sans textes. Quand la petite Tristane, l’héroïne surdouée de ce livre, découvre les mots entendus autour d’elle, c’est une réelle fête dans sa tête d’enfant qui ne sait pas encore parler mais qui déjà est folle d’amour pour eux : « Chaque fois qu’elle rencontrait un mot nouveau, elle l’attrapait au lasso et le joignait au troupeau qu’elle regroupait dans son crâne. Il y avait ceux qu’elle comprenait, ceux qu’elle ne comprenait pas et ceux qu’elle sentait. Elle les utilisait tous, avec une préférence marquée pour les termes obscurs qui lui servaient dans les nombreux cas où l’histoire onirique dépassait l’entendement. ».

Oui, ce qui m’a séduit plus que l’histoire d’amours au pluriel dans ce conte, ce sont les phrases, la langue, la poésie, oserais-je dire l’imotsgination de l’auteure ?

D’ailleurs, la quatrième de couverture le dit mieux que moi : « Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. » Surtout quand il s’agit du pouvoir d’Amélie.

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