Platonic love

(Philippe Delerm – 15/06/2022)

Philippe Delerm, est un de mes auteurs préférés et, oserais-je dire, un de mes modèles. J’aime la virtuosité descriptive de ses textes courts, sa poésie décalée, son art d’exalter les petites choses, voire l’invisible.

L’invisible. C’est le cas dans ce livre New York sans New York (éd. Seuil). Invisible pour l’auteur mais bien ancrée dans sa vie, car il n’a jamais croqué la Grosse Pomme, jamais mis les pieds à Manhattan, jamais pris le métro jusqu’à Brooklyn ou Harlem. Alors qu’il en est bleu ! Philippe évoque New York avec passion comme personne, à travers des photos et des films (qu’il vous faudra aller chercher dans votre mémoire très cultivée ou, comme moi, sur internet) et des extraits littéraires d’auteurs indissociables de NY comme Woody Allen, Jack Kerouac, Truman Capote, Paul Auster… j’en passe et des meilleurs, mais aussi inattendus (incongrus ?) comme Simenon qui étrangement alors qu’il est le roi de l’atmosphère, n’a jamais su, selon Delerm, bien cerner et retranscrire celle de NY.

Si Delerm n’a jamais été dans la ville qui ne dort jamais, c’est parce qu’il l’a décidé. À force d’avoir lu sur le sujet, fouillé dans les brocantes à la recherche de photos et de livres, vu et revu des films, il en est tombé tellement amoureux (Fall in Love) qu’il ne veut pas déflorer son rêve, prendre le risque de le violer. En fait, Delerm ne décrit pas New York, il l’imagine, l’idéalise, l’échafaude : « … si je fantasme New York au point de me refuser à m’y rendre, c’est beaucoup pour garder le New York que j’aime ». Le résultat ce sont près de 200 pages de déclaration d’amour pour cette ville merveilleuse et horrible à la fois, bouillonnante et paralysante de solitude, libérée et frustrée… bref complètement psychanalytique à l’image d’une de ses icônes les plus névrosées Woody Allen. 

J’aime beaucoup ce livre pour son originalité, son érudition, sa poésie, son écriture ciselée mais je ne partage pas du tout son concept, le refus de vivre ses rêves de peur de les abîmer. Au contraire, je crois qu’il faut les poursuivre et tenter de les réaliser… de peur d’abîmer sa vie.

Je n’oublierai jamais mes nombreuses découvertes et surprises à New York, certes pas toujours formidables mais souvent extra-ordinaires comme, par exemple, être tombé nez à nez au milieu de la foule du célèbre marathon (évoqué dans le livre) avec un ami cher.

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