Entrez dans la danse

(Gilles Paris – 17 mai 2022)

Le Bal des Cendres (éd. Plon) de Gilles Paris est un livre étonnant. Fascinant. À première vue, il s’agit d’un roman à l’intrigue palpitante vécue par une foultitude de personnages qui se croisent dans un hôtel de vacances sur l’île de Stromboli au pied du célèbre volcan qui somnole mais qui va se réveiller avec fureur.

C’est aussi, à mon sens, un conte surréaliste, une allégorie de la vie qui comme son magnifique titre le suggère est une danse de vie et de mort, de lumière et de noirceur, de soleil et de poussières qui nous entraîne tous dans ses spirales. Sans me l’expliquer, j’ai fait un rapprochement émotionnel entre cette histoire et la sublime chanson de Léonard Cohen inspirée d’un poème de Federico Garcia Lorca, Take this waltz (littéralement « Prends cette valse », que j’interprète à ma façon par « Toi aussi, entre dans cette valse ». Un texte sublime auquel, je l’avoue, je ne comprends pas grand-chose mais qui se révèle lancinant, hypnotique, envoûtant. Un peu comme la lecture du roman de Gilles quand on se laisse porter entre ses lignes.

Pour l’histoire, je ne révélerai pas grand-chose. En deux mots, au Strongyle, un bel hôtel de vacances, se croisent de nombreux touristes, se nouent et se défont amitiés et amours, entre sourires et apparences… Mais quand le Stromboli, le volcan, se mettra en colère et crachera ses pierres et ses cendres, de lourds secrets sortiront du silence et secoueront tout ce petit monde de vacanciers.

Ce livre est déroutant, au début, car il est écrit par de multiples narrateurs. Par petits chapitres de deux ou trois pages, se succèdent des monologues exprimant la perception des événements, les ressentis, les secrets, les relations, les sentiments, les douleurs, les émotions de chacun des personnages. On avance ainsi, pas à pas, dans l’intrigue en sautant d’un protagoniste à l’autre, un peu comme si l’on passait de bras en bras dans une farandole de plus en plus obsédante et addictive.

Chaque personnage a une forte personnalité, lumineuse ou pas, attachante ou non. Parmi ceux qui m’ont le plus touché, il y a Tom, un garçon de 10 ans, aussi lucide que rêveur. Les héros des premiers romans de Gilles Paris avaient tous une dizaine d’années et Gilles se glissait avec talent dans leur peau et leur langage, restituant formidablement la force, la spontanéité, la sincérité et la poésie de ces gamins tout en ne parlant jamais « bébé » ou « ado ». Tom est un garçon solide et fragile à la fois, dont l’imaginaire est squatté par un copain qui ne le lâche jamais et que lui seul ainsi que son frère et sa sœur voient « en réalité ». Son nom est Gris et comme le sanglote Tom terrorisé et accroché au dos de sa mère tentant d’échapper à une éruption du volcan qui les a surpris lors d’une randonnée sur ses sentiers : « Mes mains jointes, mes doigts entrecroisés en une prière silencieuse, je me laissais désaccorder au fil des sauts, le sable nous recouvrant comme une cape invisible. Je sentais les lèvres de Gris posées sur mes oreilles comme un papillon égaré dans cette tourmente ».

Quelle écriture, quel punch et… quel lyrisme ! Ce passage est assez révélateur, à mon sens, de toute l’ambiance du livre mêlant suspense et poésie, réalisme et surréalisme, action et symbolique. C’est ici, à la page 188, que magiquement, j’ai fait le lien avec l’émotion de la chanson de Leonard Cohen et en particulier ces quelques strophes : « In a cry filled with footsteps and sand – Ay, Ay, Ay, Ay – Take this waltz, take this waltz – Take its broken waist in your hand » – « Dans un cri de pas et de sable fin – Aïe, Aïe, Aïe, AïePrends cette valse, prends cette valsePrends sa taille brisée dans ta main ».

Comme je l’ai écrit plus haut, je n’en dirai pas plus de l’intrigue et de son dénouement. J’ai en toute simplicité jeté d’une traite et en vrac, sans trop réfléchir, mes impressions et émotions de lecture. Ce roman m’a beaucoup touché même si j’ai dû m’accrocher au début. Comme une valse, en effet, les premiers pas ne sont pas toujours faciles mais quand on est pris par la musique, si elle est superbe, on ne s’arrête plus.

Merci Gilles pour ce beau livre.

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