Photos d’après mariage

(Franck Courtès – 28 avril 2022)

Dans une vie antérieure, Franck Courtès était un photographe hyper-talentueux. Dans son livre La dernière photo, il raconte pourquoi il laissa un jour son appareil photo dans un tiroir pour ne plus jamais s’en servir et se consacrer à l’écriture. Un désenchantement progressif, une passion qui s’éteint, une autre qui naît. Un peu comme celles qu’il évoque dans Les liens sacrés du mariage, son dernier livre, un recueil de 14 nouvelles autour du mariage, disons plutôt de l’amour et du désamour au fil du temps qui passe et puis, parfois, de l’amour à nouveau (ou pas). Les textes formidables qu’il nous propose sont des bijoux conçus, je trouve, comme des photos de moments que les couples traversent quelques années après leur union. Des photos qui n’ont plus rien à voir avec les clichés et les sourires collectionnés dans les albums de mariage. Les photographies  d’aujourd’hui sont décolorées, chiffonnées, écornées ou carrément déchirées. Les histoires de mariages quelles qu’elles soient sont, en effet, rarement de longs fleuves tranquilles.

Je n’en raconterai aucune dans ce billet, pas question de déflorer le livre, je dirais simplement que je me suis parfois retrouvé (et cela,j’en suis sûr, est aussi le cas de nombreux lecteurs) dans quelques unes des situations si bien décrites par Franck Courtès – dont le sens de l’observation est hors du commun – mais heureusement jamais dans les extrêmes douloureuses de certaines d’entre elles.

Comme tous les livres de Franck, celui-ci m’a touché. Ses personnages, ses couples, sont tellement attachants malgré leurs manques et leurs ratés. Comme chacun de nous, je pense, ils sont à la recherche du bonheur qui se laisse difficilement attraper et s’abîme avec le temps, nos maladresses, les aléas de la vie, les habitudes, les mots et les gestes qui n’ont pas été dits ou posés au moment où il le fallait. Avec le temps, va, tout s’en va chante le poète.

Par petites touches apparemment anodines, Franck Courtès a l’art d’éclairer les caractères et les atmosphères. Comme des clichés qui suggèrent plus qu’ils ne montrent, ses mots mettent tellement bien en lumière ce qu’ils veulent nous révéler. Un exemple qui résume tellement bien l’usure de tant de vies communes : « Ayant abandonné nos prénoms, nous ne nous appelions plus que par les mots convenus de l’amour : chéri, chérie. Même lorsque nous nous disputions, nous continuions de nous appeler chéri et chérie, comme si ces mots étaient devenus non plus l’expression de notre tendresse, mais de quelconques surnoms ».

Un livre, oserais-je dire, photosensible.

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