Mon père ce héros

(Marc Dugain – 18/01/2022)

Il y a six mois, j’ai acheté La Volonté (éd. Gallimard) le dernier roman de Marc Dugain, écrivain et réalisateur prolifique au regard pointu sur notre époque à travers des récits et des portraits mettant en avant des personnages, réels ou fictionnels, à la personnalité particulièrement forte. J’avais été très secoué, il y a une dizaine d’années, par un de ses romans, un des plus puissants que j’aie jamais lus, Avenue des Géants, le périple criminel d’un serial killer hors du commun qui sillonne les USA de l’après-Kennedy.

L’écriture de Dugain à la fois fluide et dense n’est pas toujours simple à absorber tant elle est riche et exige de la concentration. En acquérant ce roman, à la lecture de la quatrième de couverture, tout semblait m’indiquer qu’il serait plus facile car l’auteur « retrace le destin de son père, cet homme du XXe siècle à qui il doit beaucoup, en dépit de la difficulté de trouver sa place de fils à ses côtés, mais dont l’inépuisable volonté n’a cessé de l’inspirer ». Un livre personnel, une biographie passionnante, que je pensais avaler en deux ou trois soirées et qui allait me montrer cet auteur sous une facette plus émotionnelle et moins âpre que celles projetées par ce percutant Avenue des Géants ou La chambre des officiers, autre récit qui m’avait pris à la gorge, dédié aux « gueules cassées » de la guerre 14-18 et qui avait sans doute aussi marqué Pierre Lemaitre avant qu’il écrive Au revoir là-haut, le prix Goncourt 2013.

Mais je me trompais. Je n’ai pas lu La Volonté facilement. Deux fois, j’ai commencé, deux fois j’ai arrêté. Je dois dire que je ne lis pas aisément ces derniers temps. J’entame beaucoup de bouquins mais ils me tombent assez vite des mains. Manque d’attention, fatigue mentale, probablement l’ambiance de sinistrose covidienne, je décroche trop vite des pages qui demandent un peu d’efforts. Et pour lire La Volonté… il en faut car il ne s’agit pas uniquement du récit d’une histoire familiale exceptionnelle mais bien d’un vaste tableau de l’histoire du siècle dernier. Il m’a donc fallu plus d’une fois lire et relire ce qui à première vue pouvait ressembler à des longueurs. Ces pages, au contraire, sont remarquables car elle dépassent l’hommage à un père exceptionnel et s’adressent par résonance à beaucoup d’autres. Le mien, par exemple. Comme l’a si bien écrit la journaliste littéraire Nathalie Crom dans Télérama, Marc Dugain a fait « … de l’histoire des siens, le miroir et l’écho de la nôtre. Magistral. »

Ce qu’il me restera, en effet, de ce livre quand j’en aurai oublié la trame, c’est le sentiment de regret que beaucoup d’entre nous éprouvent d’avoir « raté » leur père de leur vivant en l’ayant pourtant admiré sans oser le lui dire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s