« Petites gens, grands sentiments »

(Alice Munro) 13 mai 2021

En 2013, Alice Munro, auteure-nouvelliste canadienne, reçoit le prix Nobel de littérature et donne ainsi ses lettres de noblesse à un genre littéraire, la nouvelle, trop souvent méprisé. Pour beaucoup, en effet, la nouvelle est au roman ce que le court métrage est au long, un art mineur, pas abouti, une sorte de brouillon. « Prendre le temps de faire court » n’est d’ailleurs encore aujourd’hui que peu considéré. On le constate en librairie, plus un livre est épais, plus il coûte. Comme la bouffe, la littérature se vend encore souvent au poids.

J’ai reçu en cadeau quand il sorti en avril 2013 le recueil Trop de bonheur *(éd.  L’Olivier), 10 nouvelles dans lesquelles « les personnages d’Alice Munro courent après le bonheur. Quête vaine, éperdue, étourdissante, mais qu’ils poursuivent ans relâche » (4ème de couverture).

Je ne sais pour quelle raison, je ne l’avais pas encore lu, oublié qu’il était dans un coin de ma bibliothèque, à l’ombre des regards, passant à côté de sa vie de livre comme ses héroïnes discrètes, anonymes, peu gâtées par le destin. J’ai entamé la lecture de ces histoires sans grande conviction mais me suis senti bouleversé dès les premières pages par ces vies de femmes surtout, d’apparence simples et banales, peu heureuses en amour, usées par les contraintes domestiques, prisonnières des habitudes et des silences mais qui, un jour, s’échappent en vrai ou en rêve ou en cauchemar. Derrière ces « petites gens », on découvre des mystères, des profondeurs, des fulgurances, des tragédies. Ce qui a fait dire au comité Nobel pour justifier son choix : « Petites gens, grands sentiments ». J’aime beaucoup ce genre de littérature qui plonge dans les vies de tous les jours, celles de nos proches, de nos voisins, de gens comme nous, comme moi. Une écriture belle et poignante, des histoires superbement racontées, des personnages attachants… Alice Munro n’est pas qualifiée de « Tchekhov de l’Ontario » par hasard.

* Alice Munro est une auteure de langue anglaise mais j’ai lu ce livre en version française traduite par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso. J’en profite pour féliciter ces écrivains de l’ombre qui mettent leur talent au service d’autres auteurs. Eux aussi vivent souvent cachés et dans l’anonymat mais n’en ont pas pour autant moins de passion et de « grands sentiments » que ceux qui écrivent dans la lumière.

  

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s