Batterie plate ?

(Nicole Malincoli) 08/04/2021

La mémoire, c’est comme une batterie. Avec le temps, elle se décharge et au moment où l’on ne s’y attend pas, elle finit par être plate, vide, morte.

Alors on essaie de la recharger en regardant des vieilles photos, en fouillant dans des tiroirs, en épluchant des archives. Parfois, ça fonctionne mais généralement pour peu de temps. Le meilleur remède pour rebooster ses souvenirs, c’est la lecture. Se plonger dans des récits d’autrefois ou dans les « Mémoires » d’auteurs qui ont une plume capable de ressusciter le passé.

J’achève actuellement un livre touchant de Nicole Malincoli, intitulé avec justesse Ce qui reste (éd. Les Impressions Nouvelles). Oui, en effet, ce qui reste de notre enfance, de nos parents, de nos grands-parents, ce n’est bien souvent plus grand-chose, juste des riens, des impressions voire des imprécisions comme des pièces de puzzle, des odeurs de lilas ou des bruits de vieille machine à coudre.

Dans ce récit, Nicole Malincoli redonne vie avec simplicité et tendresse aux années d’après-guerre, celles où je suis né. Et quand elle décrit le potager de ses grands-parents, c’est le même que celui des miens, quand elle observe sa maman « faire sa buée », je revois la mienne penchée sur la cuve fumante où bout son linge, quand elle raconte l’ennui des dimanches pluvieux où l’on écoutait la radio en jouant au jeu de l’oie ou du loto, je me retrouve avec mon frère qui essayait de tricher dès que j’étais distrait.

Sur les meubles et les cheminées trônaient alors des photos encadrées représentant des couples sépias un peu guindés, des jeunes filles en robe de dentelles avec un missel en main, des militaires moustache au vent et baïonnette au canon… des photos de gens que l’on ne connaissait pas mais dont nos parents, parfois, nous racontaient des bribes de vies. Chez Nicole Malincoli, c’était un vieil oncle au service militaire, des grands-parents autrefois jeunes mariés ou une mamie en jolie communiante. Chez moi, c’était… pareil, en fait.

Plus qu’un livre de souvenirs personnels, Ce qui reste est un recueil de souvenirs collectifs. Délicieux comme une boîte de chocolats fins, précieux comme un coffret de vieux vins. Je l’avais emporté avec moi ce matin pour le savourer dans la salle de repos du centre de vaccination. Des pages-friandises après la piqûre. Autour de moi, n’étaient assis que des gens nés à la même que la mienne puisque les convocations ont été envoyées par tranches d’âge. Beaucoup semblent déjà vieux et ont le regard fatigué, éteint, triste. Si j’avais pu, j’aurais partagé cet émouvant bouquin avec eux pour recharger leur mémoire et rallumer la lumière dans leurs yeux.

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