Sombre mais lumineux

(Gilles Paris) 04/03/2021

Quand Gilles Paris est venu dédicacer son livre chez Filigranes à Bruxelles, nous étions quelques lecteurs réunis autour de lui, à distance sanitaire bien sûr, à partager une bonne bouteille gentiment offerte par le libraire –  merci Monsieur Marc Filipson – et à l’écouter parler de Certains coeurs lâchent pour trois fois rien (Éd. Flammarion).

Dans ce petit groupe, Véronique Biefnot, la comédienne et romancière, examine le livre et son bandeau. Bien qu’elle trouve celui-ci bien réussi avec ses couleurs bleues, elle regrette cette habitude qu’ont les éditeurs aujourd’hui d’y imprimer en plus des quelques mots de présentation du livre la photo des auteurs, « cela enlève du mystère au récit et de l’impartialité à la lecture». Oui et non. Pour moi, dans le cas présent, je suis plutôt heureux de voir le visage serein et apaisé de Gilles Paris accompagner ce livre-témoignage qui évoque la blessure laissée au plus profond de lui par le divorce de ses parents, la violence de son père et les huit dépressions qui s’en sont suivies.

Ce livre n’est pas une autobiographie précise Gilles mais le récit d’« éclats de vie » afin d’apporter un autre regard sur la dépression, cette cruelle maladie que les médecins appellent mélancolie, pour l’adoucir peut-être. Il nous emmène dans ses morceaux – lambeaux ? – de vie entre-parenthèses, séjours désenchantés et terrifiés dans les hôpitaux psychiatriques où d’autres solitudes et souffrances côtoient les siennes. Il évoque son enfance écorchée et sa jeunesse gâchée. Mais nous l’accompagnons aussi dans ses moments de résilience et de lumière.

Avec ce livre, Gilles semble se délivrer enfin de son passé douloureux et de la dépression récurrente dont jusqu’ici il s’échappait le temps de l’écriture de ses romans avant de retomber dans les griffes de la bête. « Oui, écrire me rend fou. J’en perds la notion du temps. Je deviens déraisonnable avec les heures qui filent la nuit et m’éloignent de mon lit. J’aime profondément ce temps qui m’échappe, cette excitation d’écrire qui absorbe les heures comme un sablier qui se dérègle. » Mais il ajoute « j’ai le sentiment que mes livres sont en partie responsables de mes dépressions ». Il sortira vainqueur de ses combats contre le monstre grâce à ses livres dans lesquels il se déleste consciemment ou non de ses souffrances sur les épaules de ses personnages. Et dans la vie réelle, c’est Laurent, son compagnon et mari, l’amour de sa vie depuis 20 ans, qui le soutient sans relâche dans les moments les plus difficiles et le libère des tâches contraignantes pour le laisser se consacrer entièrement à l’écriture.

Pendant que je dévore son parcours, me repassent en tête ses romans que j’ai tous aimés (Papa et maman sont morts – Autobiographie d’une Courgette – Au pays des kangourous – L’été des lucioles – Le vertige des falaises) mais qu’aujourd’hui, à la lecture de son témoignage poignant, je comprends autrement et ressens avec encore plus d’émotion. Derrière l’auteur ultra-sensible que je croyais connaître un peu, je découvre un homme fort, battant et courageux. C’est pourquoi son regard sur la photo, désormais résolument tourné vers l’avenir, me touche.

Je me suis souvent demandé pourquoi ses romans sauf le dernier étaient systématiquement écrits dans le langage d’un enfant de 9 ans – cela, je l’avoue, m’a parfois agacé –  et évoquent tous des histoires de jeunesses meurtries par des absences et la mélancolie. Je sais pourquoi maintenant. Et j’en suis bouleversé. Pour Gilles, bien sûr. Mais aussi pour moi et ses lecteurs chez qui d’une manière ou d’une autre, ce livre fera écho car nous avons tous, enfouis dans nos cœurs pas forcément au point de lâcher, des fêlures plus ou moins profondes, des moments de mal-être à cicatriser.

Ce récit même si son sujet est dur n’est pas sombre mais lumineux, écrit par une plume magnifique et entr’ouvert sur des lueurs d’espoir.

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