Mère(et fils)Courage

(Rachid Benzine) 18/01/2020

Un fils d’une cinquantaine d’années, professeur de lettres, passe tout son temps, hors ses treize heures de cours par semaine à l’université, au chevet de sa vieille mère marocaine, immigrée, illettrée et malade. Il lit, écrit et prépare ses cours à côté de son lit. Disponible à la seconde pour lui assurer ses soins et surtout lui lire La Peau de Chagrin de Balzac, rituel qui l’apaise et concrétise le lien fusionnel qui les réunit.

Dans ce roman* qu’on lit en une apnée de deux heures, Rachid Benzine raconte avec humour, force et tendresse l’amour d’une maman, héroïne simple et courageuse, qui éleva cinq garçons malgré des difficultés énormes. Il évoque aussi, en filigrane, la passion de la littérature dans un milieu où l’on n’imagine pas la rencontrer.

Ce livre m’a beaucoup touché car il m’a fait penser à ma propre relation avec ma maman. Même si ma situation familiale n’était pas comparable, j’ai retrouvé nombre de sensations et sentiments vécus dont le plus terrible fut la honte.

« J’ai honte aujourd’hui d’avoir eu honte à l’époque de l’entendre parler devant mes profs ». Cette maman berbère à l’enfance passée au milieu des moutons et des brebis, ne bredouillait que quelques mots de français avec un accent qui trahissait ses origines. Ses fils en étaient gênés. « Ce n’est que bien plus tard que nous avons été reconnaissants à ma mère pour le courage dont elle faisait preuve pour nous soutenir et essayer de faire bonne figure, par amour pour nous, dans ce monde (l’école) dont elle ignorait tous les codes ».

Cette honte de la honte, je l’ai connue aussi – et l’éprouve encore – quand j’y repense. Ma maman parlait bien… mais marchait mal. Elle souffrait d’un handicap aux hanches qui la faisait boiter. J’ai vu quelquefois des sales gamins imiter sa marche et en rire. Mais couillon, je ne disais rien. Et quand je l’accompagnais aux réunions de parents au collège, il m’arrivait – j’ai honte de l’écrire – d’en être embarrassé alors qu’elle aussi faisait preuve d’un immense courage par amour pour ses fils.

Arrivé aux dernières lignes de ce récit poignant, les larmes m’ont embué les yeux et dans leur brume, j’ai revu le sourire de ma mère: « Je ne sais pas si ma mère a été une bonne mère. Ou simplement une mère qui a fait ce qu’elle a pu. Avec ce que Dieu lui a donné comme connaissance, comme amour, comme courage. Comme patience aussi. Je sais juste que c’est la mienne. Et que ma plus grande richesse en cette vie est d’avoir pu l’aimer ».

Ainsi parlait ma mère – Rachid Benzine (éd. Seuil)

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