L’homme ou l’auteur ?

(Philippe Delerm) 08/08/2020

Il y a quelques mois, avec l’actualité de Roman Polanski et de Gabriel Matzneff, il fut beaucoup question du dilemme : « Faut-il séparer l’homme de l’artiste ? Son œuvre de sa vie ? ». J’avoue que je n’ai pas vraiment d’avis sur le sujet. Il s’agit, en effet, pour moi d’un problème que l’on ne peut généraliser. Des mecs abjects, Céline pour ne citer qu’un des plus emblématiques, ont été des auteurs parfois sublimes. D’autres dont la vie n’était en apparence qu’un désastre éthylique ont puisé dans celui-ci des éclairs de génie, exemples : Charles Bukowski ou Serge Gainsbourg comme je l’ai déjà écrit dans un billet ancien Sublime dégueulasse.

Et puis il y a des écrivains, des philosophes dont le parcours d’homme fut exemplaire et brillant et dont l’œuvre fut certes appréciable mais moins marquante que leur conversation et réputation, Jean d’Ormesson (que j’aime beaucoup) entre autres. Mais tout cela est de peu d’importance si les livres ou les œuvres vous touchent en plein cœur.

Moi, je ne le cache pas, je suis un fan de Philippe Delerm. L’écrivain des petites choses. Oserais-je dire, sans prétention, qu’il a inspiré et inspire toujours mes billets quotidiens ? Son regard sur la vie par le petit bout de la lorgnette, son art d’écrire ciselé, son sens de l’observation humaniste, son humour caché dans une gorgée de bière ou sa fraîcheur d’esprit dans un dimanche pluvieux, son élégance de vieux con heureux… tout chez lui me touche, enfin tout ce qu’il écrit, car je ne connais pas l’homme. Je me souviens juste d’avoir eu beaucoup de sympathie pour l’individu quand il y a une dizaine d’années dans l’émission On n’est pas couché, le critique Eric Naulleau l’avait secoué en lui balançant qu’avec le livre qu’il présentait alors Quelque chose en lui de Bartleby (éd. Gallimard) : « Vous avez élevé l’ennui au rang des beaux-arts » parce que selon Naulleau les petites choses que raconte Delerm valent la peine d’être vécues mais pas faire l’objet de livres. J’ai découvert et apprécié ce soir-là un homme fragile face à la critique et un père très fier quand il évoque son auteur-compositeur-interprète de fils Vincent Delerm. Plus que l’auteur, à ce moment-là c’était l’individu qui me touchait et cela a ajouté à l’admiration que j’avais déjà pour lui.

Ce matin, une interview parue dans Le Figaro (et publiée dans le supplément Lena du Soir) confortait mes impressions sur l’homme : oui, il s’agit bien en plus d’un auteur que j’adore d’un type dont je pourrais – voudrais – être l’ami tant ses préoccupations non littéraires sont également proches des miennes : la nostalgie de l’enfance, l’amour de la famille, la passion des sports populaires, le café au troquet du coin… – bref tant de petites choses assez réactionnaires que j’aime, je l’avoue, re.cfr l’émission On n’est pas couché ci-dessus – et puis surtout, uppercut à mon cœur, ce même manque que le mien pendant le confinement, « celui de mon petit-fils Sacha qui ne peut jouer au football ».

Chez Philip Delerm, oui, tout me plaît. Tant l’auteur que l’homme. Sauf peut-être une petite chose, je trouve qu’il a trop de cheveux pour un septuagénaire 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s