Lecture suspecte

(Christophe Masson) 27/11/2020

« Allo, Monsieur Collart ? Bonjour, ici J.L. votre conseiller bancaire. Je vous appelle pour une question délicate qui va sans doute vous paraître bizarre mais les services de sécurité de la banque s’interrogent sur un virement bancaire que vous avez effectué il y a quelques jours. Le libellé de votre ordre interpelle et nous oblige à enquêter. Il mentionne un hôtel à Ispahan en Iran … or, vous ne l’ignorez pas, ce pays est sous embargo et le procès d’un diplomate iranien pour terrorisme s’ouvre aujourd’hui-même à Anvers. Désolé de vous importuner avec ça mais nous devons vérifier ce que cache votre virement même s’il n’est que de 17 euros… »

Ce coup de fil, je n’invente rien, je l’ai reçu ce matin. J’ai aussitôt renvoyé un mail à la banque avec mes explications et la photo qui illustre ce billet.

En fait, j’ai commandé un livre directement à son auteur, Christophe Masson, domicilié dans le Sud de la France et l’ai payé par virement bancaire international avec la communication « Merci pour Hôtel Ispahan »… c’est le titre de ce bouquin paru aux Éditions Revoir et qui – le hasard n’existe pas, c’est dieu qui se promène incognito disait Albert Einstein – raconte l’histoire suspecte et improbable d’un Français vivant là-bas depuis vingt ans. Un type qui s’occupe, si peu, avec son beau-père d’un hôtel au cœur de cette belle ville iranienne. Cet homme, également guide touristique, présente toujours celle-ci dans son « petit laïus d’introduction en évoquant le jeu de mot persan « Estafahan Nest-e Jahän » qui faisait d’Ispahan « la moitié du monde », un des « joyaux de l’univers, notre ville jardin, la « rose fleurie du paradis », une oasis verdoyante perchée à plus de quinze cent mètres, dominant le plateau désertique iranien. » Un tel lyrisme dans les premières pages aurait pu faire croire que j’allais m’engluer dans un récit doucereux et sucré comme un thé oriental mais non, il s’agit d’un vrai livre d’aventures dont le héros apparemment sans histoire se transforme en mouchard, sorte d’agent double, travaillant à la fois pour les services de renseignements iraniens et le consulat de France auxquels il livre régulièrement des touristes « suspects » (ou non) qui logent dans son hôtel.

Ses motivations ? Gagner rapidement de l’argent, pas des fortunes, mais assez pour envoyer sa fille adorée qui en rêve poursuivre des études en France. Le mec va vivre de mensonges et s’embarquer dans des complications que je ne vous décrirai pas (achetez le livre, c’est une bonne idée de cadeau pour les fêtes) et se frotter à un monde sournois, corrompu, dangereux, l’Iran ravagé par des années d’embargo. Mais cela dans un décor de rêve, de mosaïques superbes, de fontaines fraîches, de places sublimes, de mosquées et de minarets à l’architecture magnifique.

Je ne connais pas cet auteur passionné de voyages, d’Histoire et d’actualité et l’ai découvert via un post sur Facebook de mon ami Henri Delorme qui chronique régulièrement des écrivains et artistes de sa région, Clermond-Ferrand.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman captivant et à m’envoler de notre morne confinement à destination d’ambiances inhabituelles de toute beauté. Et je ne tarderai pas, c’est sûr, à lire d’autres récits sortis de la plume passionnante de Christophe.

Du moins, si mes activités bancaires suspectes ne me jettent pas dans un sombre cachot comme ceux de la police d’Ispahan « qui traînait derrière elle une sale réputation. Les mauvaises manières de la Savak, la police politique du Shah, n’avaient pas disparu avec l’arrivée au pouvoir des religieux. Si les services de renseignements portaient désormais un autre nom, la boutique, elle, était restée la même, avec ses arrière-salles sinistres et ses oubliettes. On torturait et on violait allègrement dans les gêoles du pays ».

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