Lecteur ordinaire, s’abstenir !

(Eric Neirynck) 03/04/2020

C’est l’histoire d’un mec que la vie n’aime pas. Elle ne lui apporte que des emmerdes et des frustrations. Des boulots pourris mais faut bien bouffer, des amours gâchées, de la désespérance plein ses verres de whisky et ses boîtes de Lexomil, de Xanax et de Loramet, des drogues qui lui ramollissent le ciboulot et la bite, un mot qui revient souvent dans sa bouche (si j’ose dire) car une de ses obsessions est le sexe.

Auto-biographie, auto-fiction, auto-fantasme, ce récit car il ne s’agit ni d’un roman court ni d’une nouvelle longue nous entraîne à tout berzingue dans les (dé)boires d’Eric Neirynck dont j’ai lu tous les livres alors qu’ils sont à mille lieues de ma vie. Glauques, crus, sordides, ses univers n’ont rien de touristique ni d’onirique. Et pourtant, je les aime.

J’ai eu la chance de rencontrer Eric à Paris il y a quelques années, je l’ai trouvé terriblement attachant et… candide malgré son apparence d’armoire à glace. J’aime son écriture spontanée, riche, libre, hard. Ses mots et ses idées coulent comme un robinet que l’on ne peut arrêter. Pas un robinet d’eau tiède mais un goulot ininterrompu de gnôle qui enivre le lecteur et lui tord le cœur, l’estomac et le bas-ventre. Eric joue du clavier à quatre mains, les deux siennes, plus une de Charles Bukowski et l’autre de Céline, ses deux maîtres en littérature. Il adore, que dis-je, il vénère leur cynisme, leur noirceur, leur haine du conformisme et du politiquement correct. Son « Manuel du bien écrire » s’inspire tout naturellement de leur langue certes à chacun spécifique mais partageant la même capacité décapante de faire surgir, parfois, une lumière sublime du fumier de la vie.

L’histoire de Ma folie ordinaire est celle d’un mec que la vie n’aime pas, dis-je, mais qui se crève pour qu’elle ait enfin un peu de tendresse pour lui. Un peu de bonheur quoi, même si ce mot ne veut pas dire grand-chose pour lui. Ses addictions, l’alcool, ses TOC, ses manques, comment s’en débarrasser afin tout simplement d’être un peu aimé ? Il va entamer après beaucoup d’hésitations une thérapie avec une psychanalyste dont les méthodes sont très particulières. Elle lui fera découvrir, par hasard et malgré lui, sa bouée de secours : l’écriture. Ce qui fera dire à un de ses interlocuteurs « Elle avait senti en vous cette petite chose que seuls ont les écrivains. Ce qu’elle qualifiait d’infime espoir au fond d’un désespoir. Promettez-moi, promettez-nous une seule chose. – Quoi ? – Surtout, n’arrêtez jamais d’écrire ».

Jamais, hein, Eric !

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