Chaud ou froid ?

(Franz-Olivier Giesbert) 13/06/2020

Alors, c’était comment ?

Un ami me demandait il y a quelques jours comment j’avais trouvé Dernier été de Franz-Olivier Giesbert (éd. Gallimard). Je lui ai répondu « je ne sais pas encore, je n’en ai lu que le tiers ». Et maintenant que je suis arrivé au bout, je ne sais toujours pas. Je reste mitigé sur cette lecture d’apparence plaisante mais dérangeante.

C’est un livre à deux niveaux, d’abord un roman, une rencontre amoureuse improbable entre une femme idéaliste dont la conception de la vie peut être résumée par deux vers du poète Omar Khayyam « Sois heureux un instant. Cet instant c’est ta vie » et un octogénaire, vieux beau, séducteur, pervers narcissique, alcoolique, romancier au passé pas très net. Un type qui va mourir et qui rêve d’une dernière – ou première ? – histoire d’amour avant le terminus.

Ça, c’est ce qu’on capte au premier degré.

Mais derrière la romance, s’insinue de l’anxiété. On est en 2030, dans une France, Marseille plus précisément, accablée par la canicule, le réchauffement climatique est bien réel, paniquée par le Covid-30, entravée par des mesures sanitaires liberticides, écrasée par la bienpensance et les censures d’autorités vertueuses comme, par exemple, la commission de « moralisation de la culture » qui traque et proscrit les œuvres immoralesFranz-Olivier Giesbert s’amuse à placer à la tête de cette commission François Busnuel de la Grande Librairie. On retrouve, en effet, dans cette fiction quelques personnages du monde littéraire et des médias d’aujourd’hui. Comme Edwy Plenel de Mediapart, « Président du Haut Conseil de la morale et de la déontologie journalistiques, saint patron des médias et père de l’islamo-gauchisme ». Il y en a d’autres mais je ne vais tout dévoiler. Giesbert a, semble-t-il, plus d’un œuf à peler avec ses confrères.

L’histoire d’amour, je l’avoue, m’a un peu barbé. Ce qui m’a plu, ou du moins interpellé, ce sont les visions du journaliste et chroniqueur Giesbert. Le monde de demain tel qu’il le croque est plutôt angoissant malgré son écriture légère. Oui, la plume est vive, les dialogues ont du peps, les personnages sont colorés, c’est du Giesbert. Mais le fond, à savoir l’avenir qu’il nous prédit, n’est pas très réjouissant. Alors quoi ? 

Alors rions-en, écoutons Omar Khayyam, vivons l’instant. Comme le dit Antoine, l’octogénaire, avec « un rire qui ressemble à un râle », quelques heures avant de mourir du cancer et de sérieuses emmerdes, quand il invite son amoureuse pour un dernier déjeuner insouciant : « Laissez-moi vivre jusqu’à ma mort ».

Cette phrase est probablement celle que je retiendrai de ce livre. Elle m’a fort touché en cette période où tant de personnes âgées sont mortes confinées, intubées ou oubliées, privées des leurs et d’une fin de vie… vivante.

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