J’aurais dû me méfier…

(Florence Herrlemann) 16/07/2019

Chère Hectorine,

J’aurais dû me méfier quand il y a deux ou trois jours alors que je cherchais des  livres chez ma libraire, je suis tombé sur son dernier exemplaire de L’appartement du dessous de Florence Herrlemann (éd.Albin Michel). Un roman constitué de votre correspondance à votre nouvelle et jeune voisine Sarah. Je ne les ai pas comptées mais vos lettres doivent être au nombre de vingt ou trente, d’abord froidement accueillies par votre destinataire qui y voit une forme de harcèlement mais qui petit à petit vont tisser un lien indéfectible – des « répondances » – entre vous et elle, vous la vieille dame (permettez-moi de vous qualifier ainsi puisque vous avez plus de cent ans) et la jeune demoiselle.

J’aurais dû me méfier, dis-je, car je pensais qu’il se serait agi d’un livre léger, délicieusement désuet, sentant bon l’eau de Cologne et la tisane aux agrumes. Le cœur qu’avait collé Muriel, ma libraire,  sur sa couverture pour indiquer sa recommandation, renforçait un peu l’idée préconçue que je m’en faisais.

Mais ce récit épistolaire est loin d’être une succession d’historiettes à l’eau de rose. Non,  c’est une « traversée du XXe siècle incroyable entre le Cabourg de La Recherche, le Berlin du IIIe Reich et le Paris d’après-guerre ».

Vos lettres, chère Hectorine, je les ai dévorées en deux soirées. Incapable de m’en détacher,  complètement bouleversé tant elles touchent au cœur… ou frappent à l’estomac. Quel parcours fut le vôtre ! Quels secrets derrière votre visage fripé comme une pomme ! Quelle force et à la fois quelle douceur émanent de vous !

Oui, j’ai dit douceur, ce concept qui s’évapore de notre monde. Comme l’écrivait le journaliste-écrivain Luc Honorez dans un très beau billet sur sa page Facebook il y a deux semaines : « Peu à peu et plutôt tel un pneu entraîné par une voiture qui roule à du 150, la douceur disparaît de nos sociétés. »

J’aurais dû me méfier, dis-je, votre résilience face à l’horreur humaine, votre tolérance, votre tendresse, votre douceur, chère Hectorine, sont devenues des vertus tellement rares qu’elles m’ont pris à la gorge et mouillé derrière les paupières.

Merci pour vos lettres, c’est sûr, je les relirai. Et plus d’une fois.

Affectueusement,

Michel

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