Apéro avec Amélie

(Amélie Nothomb) 27/08/2019

Hier, après mes pérégrinations vinicoles, j’ai visité ma librairie préférée d’Uzès et ai craqué, bien que cette année j’avais dit qu’elle ne me séduirait pas, pour le dernier roman d’Amélie Nothomb : Soif (éd. Albin Michel).

Le titre et la quatrième de couverture « Pour éprouver la soif, il faut être vivant » étaient tellement de circonstance après ma matinée au domaine de Réméjeanne que j’ai quand même acheté le livre. Il faut dire que j’éprouve envers Amélie une sorte d’addiction, à chaque rentrée littéraire, j’achète son nouveau bouquin et même si je ne me souviens pas de la plupart de ses romans, il me reste toujours en mémoire comme un goût étrange et agréable, à chaque fois différent, une atmosphère bizarre, mélange d’humour et de tristesse, « surréaliste » pour reprendre le cliché dont on qualifie souvent les Belges mais qui s’accorde si bien avec le talent débridé et la personnalité fantasque de cet auteure que je n’hésite pas, moi, à qualifier de géniale même si de nombreux critiques ne l’apprécient guère.

Cependant le sujet de son dernier livre, à savoir le récit des dernières heures du Christ vues et corrigées par l’irrévérencieuse Amélie ne me bottait pas du tout et j’avais donc décidé de faire l’impasse cette année.

J’ai donc changé d’avis et les premières pages m’ont donné raison. Quelle imagination, quelle créativité ! Dès le début du livre, on est propulsé dans l’univers du décalage nothombien. Jésus raconte son procès avant sa condamnation à la crucifixion. Le procureur a fait défiler de nombreux témoins à charge dont, étonnamment, les mariés de Cana, les premiers miraculés du Christ. Mais de quoi se plaignent-ils, eux qui tombés à cours de vin lors de leurs noces furent « sauvés » par la magie du Fils de Dieu qui transforma l’eau en vin… mais trop tard selon l’époux ! « Cet homme (Jésus)… a attendu la fin des noces pour exercer son don. Il a pris plaisir à notre angoisse et à notre humiliation, alors qu’il aurait pu si facilement nous éviter l’une et l’autre. À cause de lui, on a servi le meilleur vin après le moyen. Nous avons été la risée du village. »

Suivront alors d’autres témoins, d’autres miraculés qui accuseront également leur bienfaiteur. Le possédé de Capharnaüm se plaindra de la platitude de sa vie après son exorcisme, l’ancien aveugle de la laideur du monde qu’il voit désormais, l’ancien lépreux du fait que plus personne ne lui accorde d’aumône depuis sa guérison et ainsi de suite jusqu’ à Lazarre qui ne supporte pas de traîner une odeur de cadavre depuis sa résurrection.

Et les pages lues hier s’enchaînent avec le même esprit barje. J’ignore la suite, peut-être sera-t-elle moins vive. On verra.

Mais pour le moment, je ne regrette pas mon apéro avec l’auteure de Soif .

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