«Savoir»

(Hubert Reeves) 26/01/2018

Quelle semaine! Examens oraux trois jours de suite, trois fois huit heures à débusquer et tester le « savoir ». Mais au bout de l’effort, je m’interroge, qu’est-ce donc que le savoir ? Vaste sujet. Je suis épuisé. Je veux m’aérer la tête.

Ce vendredi, j’ai donc pris le temps d’accompagner mon petit Awen à son entraînement de foot, question de revenir sur terre, je dirais même terre-à-terre. Loin des questions, des schémas, des syllabus. J’avais besoin de bruine sur la tête, d’air frais dans les narines, des cris des enfants qui jouent au ballon. J’avais besoin des bruits joyeux de la vie réelle, des conversations bon enfant, d’une bonne bière.

Pendant qu’Awen joue avec ses équipiers, je suis allé m’asseoir à la buvette. Mais je n’y connaissais personne, tant mieux, j’ai passé une bonne heure avec un compagnon passionnant que j’avais emmené avec moi: Hubert Reeves, le célèbre astrophysicien qui se définit comme un historien de la construction de l’univers et un défenseur acharné de son futur, par son combat pour la protection de la nature et de l’évolution de l’homme. Une épopée commencée il y a 14 milliards d’années, lors du Big Bang, et qui englobe l’évolution de l’univers depuis le gigantesque chaos initial à l’incroyable complexité à la fois anarchique et hyper-organisée de la matière, de la nature et de l’intelligence actuelles. Dans son livre Le banc du temps qui passe (éd. Seuil), Hubert Reevs raconte dans une langue poétique, chaleureuse et accessible la trajectoire inouïe des atomes qui sans cesse s’unissent, s’additionnent, s’agglutinent, s’explosent, se recyclent, s’inventent de nouvelles vies et composent l’immensité du cosmos dont chaque être, mouche ou homme, fait partie depuis les origines et cela jusqu’à la fin des temps. Car « il y a quatorze milliards d’années toutes les particules qui constituent mon corps existaient déjà mais dans un état complètement différent, dispersées sous formes de particules élémentaires dans un espace torride ». Et sur ces mots, Hubert Reeves nous encourage à méditer sous la douche en laissant l’eau chaude couler lentement le long de notre dos et réchauffer nos épaules « … et à nous relier à ce lointain passé en associant ces sensations à nos connaissances cosmologiques pour se sentir participer à cette prodigieuse aventure de l’univers ».

Je m’arrête un instant de lire et regarde par la fenêtre du bar : les jeunes suivent leurs coachs sur la pelouse, s’exercent à ajuster leurs passes et à réussir les exercices qui leur sont demandés. Je regarde les ballons qui fusent dans tous les sens et les joueurs qui se déplacent dans la lueur blafarde des projecteurs. Cette chorégraphie à la fois orchestrée et disparate me fait penser à celle de l’univers décrite dans le bouquin que j’ai sous les yeux. Les astres tournent apparemment sans liens entre eux ni destinations communes mais appartiennent à une organisation qui les dépasse, créée par une force aveugle qu’Hubert Reeves évoque en citant l’anthropologue Lévi-Strauss : « le vouloir obscur qui, au long de millions d’années et par des voies tortueuses et compliquées, sut assurer la pollinisation des orchidées grâce à des fenêtres transparentes laissant filtrer la lumière… ». Une phrase magnifique qui exprime si bien notre perplexité face à ces tornades d’atomes qui un jour ont donné naissance à l’esprit, l’intelligence et la conscience dans nos cerveaux? C’est le mystère de l’évolution nous dit Hubert Reeves. Insaisissable, hors de portée. La quête de la connaissance est un besoin irrépressible mais « la vérité est une illusion tenace ». Et le savant de nous inciter à ne ps seulement « vouloir comprendre le monde (la science) mais à tenter de « l’embellir (l’art) et d’aider les êtres vivants à vivre (empathie)». Trois idéaux pour l’humanité qu’il résume en « trois mots à retenir: connaître, créer, compatir ».

Beau savoir !

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