Livre fraternel

(Daniel Pennac) 25/04/2018)

On a tous lu un ou quelques livres qui nous ont marqués et ne nous quitteront plus. Mon frère de Daniel Pennac (éd. Gallimard) sera un de ceux-là pour moi. Il n’est pas très épais mais il prendra de la place dans ma mémoire et dans mon cœur. Le hasard – je dis le hasard, mais je n’y crois pas – me l’a mis entre les mains un mois après le décès de mon frère aîné et deux ans après celui du « puîné ». Je suis donc bien placé pour saisir l’importance et les nuances du souvenir d’un ou plusieurs frères disparus.

Ce livre, merveilleux de tendresse, m’a réellement consolé de leur absence. Daniel Pennac décrit avec simplicité et originalité, poésie et humour, la richesse d’esprit et de cœur de feu son frère aîné en croisant ses souvenirs avec des extraits de Bartleby le scribe d’Herman Melville (éd. Gallimard), une nouvelle-monologue qu’il a mise en scène au théâtre et dont il tient seul le rôle. Une histoire de fou (en apparence) qui voit le personnage principal refuser sans raison (I would prefer not to – Je préférerais pas) les contraintes du travail et de l’absurdité de l’existence.

Daniel Pennac ne fait pas de comparaison directe entre Bartleby et son frère mais ce personnage lui fait penser à lui, lui qui à sa manière ne veut pas non plus « ajouter à l’entropie » comme il le rappelle dans une amusante anecdote au début du livre. Un mot que j’ignorais et qui signifie «dégradation de l’énergie, augmentation du désordre ». Ce qui en langage de tous les jours signifie que l’essentiel est dans la vie, la vraie, celle des sentiments. Et non dans l’agitation et l’affairisme.

J’adore cet extrait : « Un jour que je lui demandais combien il gagnait, histoire de comparer mon tout premier salaire de maître auxiliaire à ses émoluments d’ingénieur, mon frère répondit : – Beaucoup trop pour ce que je fais mais pas assez pour ce que je m’emmerde ». À sa lecture, j’ai eu comme l’impression d’entendre le mien.

Et je ne vous dévoilerai pas la dernière phrase du livre mais c’est la plus belle – et la plus drôle – que j’ai lue sur l’amour fraternel.

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