Carnet

(Jean d’Ormesson) 28/11/2018

Hier, j’ai perdu mon carnet. Ces pages précieuses – pour moi du moins – que je noircis chaque jour de ce qui me traverse l’esprit.

J’y note mes observations et mes états d’âme ainsi que les choses à ne pas oublier comme, par exemple, les chiffres de ma tension artérielle comme l’a exigé mon médecin… quand j’y pense, c’est-à-dire pas souvent. J’y écris aussi mes débuts de billets ou de romans que je n’achèverai jamais ou encore les numéros de téléphone et adresses que je ferais mieux d’encoder directement dans mon iPhone car j’ai du mal à me relire… bref, je confie à mon Moleskine tout, ou presque, de ce qui compte encore dans ma vie. J’ai donc perdu hier une partie de ma mémoire.

J’ai, comme on dit, « fait » beaucoup de places hier. Visite chez des amis, restaurant, bar du tennis, école de mon petit Maxime. Et aussi librairie où j’ai acheté le dernier livre de Jean d’ Ormesson. Son testament. Fini mais pas corrigé, premier jet encore raturé. Ses dernières idées manuscrites. Un carnet mille fois plus fantastique que celui que j’ai égaré. Ça m’a consolé.

Quelques jours après le décès de Jean d’Ormesson, j’avais écrit un billet intitulé Raté ? en réaction à une chronique inélégante d’un plumitif que je ne connais pas qui l’avait qualifié d’écrivain merveilleusement raté. Moi, je l’aimais bien Jean d’Ormesson, l’homme et l’auteur. Oh ! je n’ai pas lu ses trente sept livres, seulement quelques-uns. Et s’il est vrai qu’elles ressassent souvent ses mêmes obsessions, ses interrogations sur le sens de la vie et de la mort – D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? – ses pages m’ont toujours réconforté. Et parfois même,  « illuminé ». C’est mon ressenti et je le partage même s’il y a quelques jours à peine, un de mes fidèles lecteurs contestait encore, mais gentiment, ce billet qu’il trouvait complaisant : « … les gens du beau monde encensent les gens du beau monde juste parce qu’ils en font partie… » commentait-il tout en reconnaissant n’avoir jamais lu l’Académicien car « il ne m’a pas donné envie de le faire ».

Mais bon, revenons au carnet et à ce dernier livre dont le titre Un hosanna sans fin (éd. Héloïse d’Ormesson) qualifie de manière joyeuse la vie et la mort. Dès la première page, un des secrets de la sérénité est offert au lecteur : « Ce qu’il faut dire avec force dès le début de ce petit livre, c’est que personne n’est sûr de rien ».

Le doute, synonyme du bonheur. Je viens d’en avoir la preuve : hier, j’étais sûr et malheureux d’avoir perdu mon carnet. Ce matin, j’étais heureux de le retrouver à la librairie : il s’était échappé de ma poche et avait glissé dans le rayon où j’avais pris le livre. Hosanna !

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