Saisir ce qu’offre l’instant

(Sim – Marie-Sabine Roger – Régine Salvat) 05/08/2012

Comme je l’ai écrit dans le premier billet de ce blog, je me définis comme un égo-lecteur. Tout ce que je lis passe par la moulinette de mes propres émotions et expériences. J’entre dans les histoires par le petit bout de ma lorgnette et le livre ou l’article que je lis disparaît vite de ma mémoire s’il ne m’apporte aucune leçon de vie, aussi minime soit-elle. Il m’est impossible de prendre un bouquin pour juste passer le temps. Ou me bronzer le cerveau sur le sable chaud.

Quoique.

Le dernier jour de mes vacances, alors que j’avais épuisé mon stock de lectures et qu’il me restait encore deux heures d’attente du car qui devait me transférer à l’aéroport, j’ai cherché dans la bibliothèque (?) de l’hôtel un livre pour tromper l’ennui. Rien que des livres en italien, sauf un en français : « Elle est pas chouette ma gueule ? » de Sim. J’ai essayé de lire. Pas terrible. 

« What’is in it for me ? » comme disent les publicitaires anglo-saxons. Rien dans ce bouquin torché de formules drôles dans le style simiesque ne m’intéresse. Rien. J’ai beau sauter d’un chapitre à l’autre. De lire en diagonale. De feuilleter. Soudain, je tombe sur quelques anecdotes vécues par Sim et Brel quand ensemble, après leurs premiers spectacles dans des boîtes parisiennes minables, ils bouffaient encore de la vache enragée et buvaient du gros rouge. Je n’y ai pas appris grand-chose sauf que ses amis de l’époque appelaient le Grand Jacques « l’abbé Brel », un des plus beaux surnoms, selon moi, que l’on ait donnés à ce chanteur dont je reconnais l’immense talent mais dont je n’ai jamais apprécié – oh ! le vilain Belge qui ne respecte pas ses héros nationaux – les côtés prêchi-prêcha grandiloquents.

Mais je reviens à mon sujet : la lecture ne me touche que si elle me prend et m’apprend. J’ai eu de la chance à mon retour avec deux livres totalement différents : une fiction apparemment légère et un récit bouleversant. Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger et Une histoire à tenir debout de Régine Salvat. (Je profite de l’occasion pour lancer un petit merci à mes amis Grégoire Delacourt, Karine Fléjo, Isabelle Feint et Gilles Paris pour leurs précieux conseils de lecture : c’est grâce à eux que j’ai découvert ces livres).

Dans Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger raconte avec gouaille et espièglerie l’hospitalisation d’un vieux bougon à peine plus âgé que moi (ah ! première marque d’égo-lecture) qui va se retrouver ainsi face à lui-même et aux autres. Face au vide de sa vie. C’est drôle. Et pas drôle. Le roman se termine sur cette phrase : « Du blanc ? Très bonne idée. Je vais m’en servir un verre ». Je suis toujours d’accord avec ce genre d’idée. Mais après qu’est-ce qu’on fait quand on est déjà bien avancé dans la soixantaine, qu’on n’a pas réalisé grand chose jusque là et qu’on sait que les années qui s’annoncent ne seront pas rock and roll ?

Dans Une histoire à tenir debout, Régine Salvat retrace avec précision et punch le combat de Rémy, son fils atteint d’une maladie mitochondriale dont les effets ravageurs le conduiront à mettre dignement fin à sa vie. Un récit terrible, courageux, beaucoup de douleurs, et des bonheurs aussi. L’égo-lecteur vous dira qu’en refermant ce livre, son premier souhait fut d’embrasser au plus vite ses filles simplement pour remercier le ciel de les voir en vie et en bonne santé. Mes yeux se sont alors inondés de compassion pour la maman de Rémy. Pourquoi donc tant de souffrances ? Mais ils se sont aussi ouverts d’admiration pour l’immense amour qu’elle a porté et qu’elle porte toujours à ce fils pas comme les autres, pour la niaque avec laquelle elle l’a épaulé dans ses combats, et enfin pour la plume originale et vive dont elle fait preuve dans ce livre inoubliable aux thèmes de réflexion si nombreux et si profonds : la différence, le handicap, l’erreur médicale, l’amour parental, la fin de vie, l’euthanasie, et aussi (surtout ?) l’art de Vivre : « Rémy possédait cette capacité rare, celle de saisir ce que l’instant offre. Il savait prendre à pleines mains l’éphémère d’une joie passagère et le savourer durant des années. Bâtissant du bonheur en mettant de côté tout le reste. »

Marie-Sabine et Régine, l’égo-lecteur que je suis vous dit merci pour les leçons et vous embrasse.

Bon rétablissement – Marie-Sabine Roger – Éditions du Rouergue, 2012

Une histoire à tenir debout – Régine Salvat – Éditions JC Lattès, 2011

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