Poète et combattant

(Roland Boulengier) 01/12/2015

Je peux conquérir et changer le monde

Escalader des montagnes et grimper des heures durant

Traverser de frais vallons

Et marcher sur des cimes ensoleillées

Je nage à travers les océans

Et survole des continents

Plus rapidement que tu puisses l’imaginer.

Ces vers ont été écrits le 4 juillet 2000 par Roland Boulengier, un ex-condisciple de collège que je n’ai pas revu depuis la fin de nos humanités. Et pour cause. Roland a été frappé quelques mois avant l’écriture de ce poème par le syndrome du Locked-In. Une maladie épouvantable provoquée par un traumatisme ou un caillot de sang au niveau du tronc cervical : les fonctions intellectuelles restent intactes mais le corps est complètement paralysé. Seuls les yeux peuvent bouger. Mais tout autre mouvement est désormais impossible. Marcher, parler, déglutir, sourire, pleurer, tenir un stylo… impossible. Et pourtant, Roland et son épouse vont se battre. Pour continuer à vivre, à s’aimer, à adorer leurs enfants. Depuis 15 ans maintenant, Roland tient bon.

Et écrit.

Les mots, c’était déjà sa passion avant sa maladie quand il était prof de langues le jour, journaliste, poète et membre actif de nombreuses associations le soir. Malgré sa paralysie totale, il n’a pas laissé tomber sa plume. Grâce à un système ingénieux relié à son ordinateur, il peut par le mouvement de ses yeux orienter un rayon laser sur un clavier virtuel. Il a ainsi, caractère de l’alphabet par caractère, patiemment écrit quatre livres qui  racontent la tragique aventure de sa vie, entre ce qu’il appelle l’enfer blanc des hôpitaux, l’enfer vert des centres de revalidation et le plus terrible, l’enfer de la solitude dans la prison de son corps bétonné. Quatre bouquins et de nombreux poèmes !

Je viens de lire le premier volume *. Et j’en suis tout retourné. Quelle vie ! Quelle injustice ! Quelle souffrance ! Quel combat ! Et quelles phrases ! Malgré ses douleurs et des moments de désespoir et de rage, Roland est encore capable d’humour et de rêves.

De ma classe sont sortis des gens qui ont mené ou mènent encore des carrières exceptionnelles allant de pianiste virtuose à évêque charismatique, médecins spécialistes, hommes d’affaires ingénieux ou encore avocats et magistrats de haut vol (sans jeux de mots, hein !). J’ai eu le plaisir de retrouver récemment nombreux de ces amis qui ont bien « réussi » leur vie. Mais celui qui m’épate le plus, c’est Roland. Pour son immense courage.

Et son bouleversant talent de poète.

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* Solitaire, dans le silence (éd. Demol – Février 2002). Commander à boulengier@skynet.be

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