Mental

(Jean-Louis Fournier) 08/09/2017

La pluie est revenue, il y a de l’automne dans l’air. C’est la saison où je reprends mes habitudes de café-lecture au Lunch Garden ou dans un des bistrots de ma ville. Aujourd’hui, c’était au Café de l’Union sur la Grand-Place au pied de la Collégiale. L’ambiance est maussade, le radiateur près de la fenêtre est tiède, je déplie mon journal que je parcours en vitesse avant d’allumer ma tablette Kindle. J’ai décidé de relire Où on va papa de Jean-Louis Fournier (éd Stock – 2008) dont j’ai lu Mon autopsie (éd. Stock – 2017) il y a quelques jours et dans lequel il évoquait ce premier livre best-seller, prix Femina en 2008, que d’aucuns lui ont vivement reproché. On m’a accusé de m’être fait des couilles en or avec le handicap de mes enfants écrira-il alors qu’il voulait évacuer ou adoucir sa souffrance et témoigner son affection à ses deux fils handicapés lourds. Dans ce livre-témoignage, Fournier a tenté, dit-il encore, d’évoluer entre pathos et humour noir, l’humour étant, c’est bien connu, la politesse du désespoir selon l’aphorisme de Boris Vian.

Je n’ai pas pu résister de rire quand il évoque les XIIIe jeux intercentres, une manifestation sportive destinée aux pensionnaires handicapés de l’institut médico-pédagogique où séjourne son fils Mathieu et quand il se souvient d’un dessin de Reiser représentant des calicots dans un stade où se déroulent des handi-compétitions sur lesquels est inscrit « Interdit de rire ».

Ce passage me rappelle un moment « Permis de rire » que j’ai passé avec Pascal Duquenne, l’acteur trisomique du Huitième Jour de Jaco Van Dormael. J’étais à la RTBF en sa compagnie pour le tournage d’une vidéo annonçant les Olympiades pour personnes handicapées mentales dont j’étais le concepteur de la campagne de pub. Ce fut d’ailleurs un des plus beaux slogans de ma carrière: UN MENTAL DE VAINQUEUR légendait la prestation de Pascal en tenue d’athlète.

Mais qu’y a-t-il d’amusant dans cette histoire ?

Avant la réalisation de la vidéo qui devait présenter Pascal soulevant une coupe en cadrage américain, c’est à dire l’image coupée au dessus des genoux, il a tenu absolument à chausser ses Nike, bien que je lui dise qu’on ne verrait pas ses pieds. Rien à faire, non seulement il exigeait ses chaussures mais encore ai-je dû visser tous ses spikes avec un clé spéciale malgré le peu de temps que nous accordait la télé pour ce petit tournage. De même, il n’a pas été simple de choisir la médaille qu’il devait porter autour du cou et que nous devions choisir dans une de ses quelques boîtes à chaussures remplies des trophées qu’il avait gagnés sur les pistes. J’avais repéré dans le tas une grosse médaille en or assez spectaculaire mais lui préférait une petite moche sans couleur qui représentait une victoire importante à ses yeux. Ce ne fut pas facile de le convaincre mais après quelques palabres, j’y suis arrivé.

Bref, ce fut une séance très « sportive », un moment de rire et d’émotion inoubliable.

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