Intros-père-ction

(Jeffrey Larcier – Pascal Bruckner – Franck Courtès – Grégoire Delacourt) 28/11/2014

« Michel… hey…Michel »… il y a quelques jours, quelqu’un me hèle dans la rue. Je me retourne, mais je ne vois personne. Sauf un petit vieux là-bas sous la Porte de Saintes. Je ne le connais pas, je continue mon chemin. De nouveau « Micheeeel … », je me retourne encore et cette fois, le petit vieux me fait signe : « Alors, tu ne me reconnais pas ? ». Je l’observe avec plus d’attention et là « Mon Dieu, Pierre, comme tu as changé, où est passée ta barbe et c’est quoi cette casquette sur ta tête ? ». Nous allons prendre un café, Pierre est un vieux copain de collège et d’université, de foot et de joyeuses guindailles. Je l’ai toujours connu grand, barbu et costaud, mais aujourd’hui, ce n’est plus le même gaillard. Il m’apprend qu’une chimio lourde l’a esquinté, rabougri et déraciné sa barbe et sa crinière. Depuis trois mois, il subit un traitement épuisant contre un cancer des poumons. « Tout ce que j’espère, me dit-il, c’est de tenir le coup encore trois ans, pour que les donations que je viens de faire à mes enfants, suite à la vente de ma maison et de la propriété qui l’entoure, ne soient pas trop taxées ». Et il me parle de règlements fiscaux auxquels, je l’avoue, je ne comprends pas grand chose. Mais ses mots me touchent au plus profond de moi-même : voilà un ami que j’ai toujours apprécié pour son insouciance voire sa désinvolture, et aujourd’hui je le découvre en père généreux, soucieux de l’avenir de ses enfants.

Je ne crois pas au hasard, cette rencontre s’est faite au moment où j’entamais la lecture de Les fautes de nos pères (The sins of the Father), une saga de Jeffrey Archer, grand-maître britannique du « storytelling », auteur de nombreux best-sellers. Je viens de refermer ce livre épais qui conte les péripéties de deux familles dont le destin sera marqué par les errements de leurs pères et grands pères. Un récit grandiose où l’égoïsme et la cupidité côtoient le désintéressement et le courage, une histoire d’héritage qui interroge sur l’influence des pères sur les générations qui les suivent. Que laisserons-nous à nos enfants ?

Je ne crois pas au hasard, écrivais-je plus haut. Plusieurs de mes lectures récentes tournent autour de ce thème. Que ce soit Un bon fils de Pascal Bruckner, tourmenté par l’image d’un père odieux, Toute ressemblance avec le père de Franck Courtès, le désarroi d’un jeune homme déboussolé par la disparition tragique de son père ou encore On ne voyait que le bonheur de Grégoire Delacourt, où la lâcheté se transmet de père en fils et conduit au drame. Le choix de ces lectures est probablement la manifestation inconsciente de questions qui me hantent, sans doute comme tout père de mon âge. Que laisserais-je à mes enfants ?

Mon père lui, Dieu merci, ne m’a pas laissé à moi et à mes frères beaucoup d’argent, trop souvent cause de luttes fratricides. Non, il m’a légué bien plus : le souvenir d’une présence aimante et aidante tout au long de mon enfance et de ma jeunesse. Et je dirais même, encore aujourd’hui, simplement quand je regarde sa photo sur l’étagère au dessus de mon bureau. La seule « faute de mon père », c’est qu’il m’ait transmis la faiblesse de ses muscles dorso lombaires. Les miens m’ont encore fait souffrir ce matin quand j’ai déterré les derniers bégonias dans les parterres. Mais lui, ses douleurs dans le bas du dos ne l’empêchaient pas d’aller bêcher les jardins des voisins après ses journées travail pour arrondir ses fins de mois. Nos fins de mois.

Je ne crois pas au hasard. Ce livre « Les Fautes de nos Pères » que je viens de refermer, ce n’est pas moi qui l’ai acheté. Il était dans ma pile à lire, déposé là depuis plus d’un an, avec cette mention écrite au crayon en première page: « Fête des Pères – 9/6/2013 – cadeau de Laurence ».

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