Hier, aujourd’hui, demain

(Philippe Labro) 27/04/2013

« La mémoire c’est la faculté grâce à laquelle les êtres humains interprètent l’expérience. Se souvenir, c’est réinterpréter. »

Je me suis endormi hier soir sur cette réflexion de James Carroll (auteur américain dont j’avoue n’avoir rien lu) citée par Philippe Labro dans son dernier roman Le flûtiste invisible (éd. Gallimard)

Comme toujours – et comme la plupart d’entre nous, je suppose – je ramène mes lectures à ma petite personne. Cette phrase m’a rassuré. J’avais, en effet, écrit hier un billet intitulé À la recherche du temps perdu (excuse-moi Marcel) qui m’avait valu un commentaire piquant « Que de nostalgie, tu vieillis Michel,… attention pappy (sic) ». Ces mots m’ont fort touché, même s’ils ont été écrits, j’en suis sûr, en toute amitié.

Je déteste être suspecté de nostalgie, je n’ai pas le regret du temps passé, je n’appartiens pas – du moins je l’espère – à cette catégorie de vieux ronchons qui répètent à tout bout de champ que c’était mieux avant.

La preuve, j’écris de temps à autre des souvenirs. Des bons et des moins bons. Et comme le dit la citation ci-dessus, je les réinterprète, ma mémoire les arrange. En fait, j’invente mon passé, je me re-souviens pour reprendre les mots d’un autre auteur, Kertész, également cité par Philippe Labro à la page 41 de son livre.

La mémoire n’est qu’un tremplin pour attaquer le présent, comprendre la personne que l’on est devenue et lui créer un avenir à la hauteur. Moi, c’est pour cette raison que j’écris mes billets. Pour ne pas perdre mes souvenirs du quotidien, ces petites tranches de vie qu’on oublie et qui s’estompent dans l’ombre des grands événements qui restent dans les albums photos. Il ne s’agit pas, je le répète, de larmes sur les bons moments du passé mais de relecture – et de réécriture – de pages de mon propre petit roman personnel. Afin d’y trouver du souffle pour les prochains chapitres.

Je finirai en citant sur ce sujet un auteur ami, Gilles Paris, dont je lisais hier dans une magnifique interview** ces mots sur ses sources d’inspiration : « Je puise dans ma propre vie, mais j’y mets beaucoup de distance, parce que je suis quelqu’un de très pudique. Je préfère de loin les autobiographies inconscientes, où l’on ne se rend compte qu’après les avoir écrites qu’on a mis beaucoup de soi ».

Non, se souvenir ne rime pas avec nostalgie, mais avec avenir.

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